Varanasi : entre chaos et sainteté

Varanasi – Les ghats – le Gange

Le mois dernier, dans mon article sur Pondichéry, j’évoquais le chaos qui caractérise les villes indiennes et je vous expliquais en quoi des villes comme Pondichéry, Pushkar ou Rishikesh sont épargnées par ce chaos.

Avant de m’engouffrer avec vous dans les ruelles de la ville sainte et de vous inviter à me suivre pour une promenade le long du Gange, il me semble important de préciser ce que j’entends par « chaos ».

Je pourrais, bien sûr, utiliser des termes plus modérés, comme « agitation », mais c’est délibérément et sans aucun mépris que j’utilise le mot chaos ; un mot qui a été de toutes les conversations lorsque j’ai parlé de l’Inde avec d’autres voyageurs.

Le chaos qui règne sur l’Inde est une caractéristique, un trait de personnalité du pays.

C’est ce qui fait son charme, mais c’est aussi ce qui surprend, fatigue, ce qui choque.

Le chaos indien c’est le vacarme incessant des klaxons qui retentissent jour et nuit, ces centres-villes labyrinthiques qui font penser à des fourmilières ou à des ruches.

Un mélange d’hommes, de vaches, de singes, de chiens, de chats, de poules, de chèvres que l’on retrouve dans les villes comme en dehors. Au-delà de la foule, du bruit et des odeurs, la manière dont conduisent les Indiens en dit elle aussi long sur leur rapport à l’ordre et aux règles en tous genres. Il n’est pas rare de voir des enfants conduire des scooters (sans casque) et des familles entières se déplacer sur des deux-roues tanguant qui dégagent une épaisse fumée noire. Les gens conduisent sans permis, à contresens, ils prennent des sens interdits et préfèrent klaxonner à tout va et éviter les obstacles plutôt que de freiner. Nombreux sont celles et ceux qui conduisent sans permis. Le plus fou dans tout cela ? Même si les accidents sont courants et qu’ils sont bien plus violents et meurtriers qu’en France (les Indiens ne portent pas de ceinture, ils se moquent parfois de vous si vous avez le réflexe d’attacher la vôtre), la proportion d’accidents rapportée au nombre d’habitants est assez faible.

Sâdhu au bord du Gange à Varanasi

Je me souviens des mots prononcés par un ami indien avec qui j’ai voyagé de village en village au Rajasthan. Nous attendions le bus dans une gare où se mêlaient familles allongées près des voies, vendeurs ambulants et animaux :

« Ne trouves-tu pas qu’il y a de la beauté dans ce chaos ? »

Masala Chai au bord du Gange à Varanasi

Fermez les yeux un instant, faites le vide dans votre esprit et imaginez-vous la scène : il fait une chaleur étouffante. En France, vos amis et votre famille vous envoient des photos de la neige. De votre côté, vous êtes comme happé(e) et hypnotisé(e) par la foule et le chaos. La poussière obstrue votre champ de vision, le bruit, les odeurs sursollicitent vos sens. En marchant vers les ghats, vous croisez des groupes de pèlerins, des malades et des personnes âgées venues mourir en terre sainte dans l’espoir d’être plus heureuses dans leur prochaine vie. Peut-être qu’au cours de votre promenade vous aurez pu, volontairement ou non, assister à une scène saisissante : au bord du Gange, des Indiens s’emparent de corps humains sans vie empilés sur des charrettes après les avoir empoignés avec nonchalance, ils les jettent sur un bûcher. Une odeur âcre se dégage alors des flammes qui viennent lécher les corps en décomposition. On raconte que certains bûchers utilisés pour incinérer les corps ont été allumés il y a plus de 4 siècles ; les foyers de ces derniers auraient été entretenus sans interruption.

Bûcher des crémations à Varanasi

Après avoir flâné pendant plusieurs heures et vous être perdu(e) dans les ruelles sinueuses de la ville, vous pourrez revenir sur les ghats à la nuit tombée pour assister à l’arti, l’équivalent de la messe pour la communauté hindoue.

Arti au bord du Gange à Varanasi

Vous y verrez des fidèles en transe à perte de vue, des mendiants, des pèlerins, des couples venus chercher la bénédiction des dieux avant de se marier, des curieux en tous genres, des voyageurs …

Les moines qui animent la cérémonie font face à la foule. Tout en chantant et en récitant des passages de la Véda (le livre sacré de l’hindouisme) ils allument des lampes à huile qu’ils font circuler devant eux. De temps à autre, ils aspergent les fidèles de quelques gouttes du fleuve sacré.

Le lendemain, vous serez probablement tenté(e) de venir admirer le lever du soleil sur les ghats, de méditer et de vous ressourcer un instant.

Singe au bord du Gange à Varanasi – coucher du soleil

De jour comme de nuit, vos pas vous mèneront jusqu’à des scènes de vie intéressantes : un marché, un temple depuis lequel résonnent les prières, une peinture murale originale, des enfants qui jouent au cricket au bord du Gange, des vendeurs de thé qui préparent des masala chai, des sâdhus qui fument ou méditent, des singes qui s’amusent, des fidèles qui s’immergent dans le cours d’eau le plus sacré du pays (je vous déconseille de faire la même chose), des volontaires indiens qui parcourent les rues pour nourrir les vaches.*

Cricket au bord du Gange à Varanasi

*La scène est cocasse : les volontaires parcourent la ville avec des seaux remplis de riz et de sauce. Ils déposent des assiettes devant les temples et les garnissent à l’aide d’une louche.

Vache à Varanasi

Varanasi est une ville vibrante, l’atmosphère qui s’y dégage est absolument unique.

Je vous recommande de vous y rendre, mais après avoir fait quelques recherches (surtout s’il s’agit de vos premiers jours en Inde). La ville pourrait vous enchanter tout aussi rapidement qu’elle pourrait vous effrayer.

Et vous, vous connaissez Varanasi ? Vous partagez mon ressenti ? Partagez cet article avec vos ami(e)s amoureux/euses de l’Inde et abonnez-vous à mon blog par e-mail et sur Twitter @traounomad pour recevoir un article par mois.

Le mois prochain, c’est en Thaïlande que je vous emmènerai.

D’ici là, je vous envoie un peu de soleil d’Italie chaque jour sur Twitter.

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