Inde : choc culturel [1]

Contexte

Il est 3 h 45 du matin au moment où j’écris ces quelques lignes depuis le train de nuit qui me permet de rallier Varanasi à Delhi. J’essaie de dormir et je fais un effort considérable pour garder mon calme et ne rien dire alors que ma « voisine » (la femme qui dort sur la couchette à ma droite) s’amuse à éteindre et allumer la lumière en continu pour faire rire sa petite fille.

À propos, laissez-moi vous présenter ce train 😉

Comme disait l’humoriste Elie Kakou : « Que ça soit bien clair entre vouuuuuss et moiiii. » Je ne prétends pas détenir la vérité ni même réussir l’exploit de comprendre une société souvent mal comprise par les Indiens eux-mêmes. Je vous livre seulement mon point de vue sur un pays que je prends beaucoup de plaisir à découvrir pour la seconde fois. Je vous invite à en discuter avec moi par message ou dans les commentaires.

Cela fait plusieurs jours que je noircis une à une les pages de mon carnet de voyage et que je songe à la manière dont je pourrais vous conter mon aventure en Inde.

Ce que j’ai vécu en moins de deux semaines est tellement intense que je ne savais pas par où commencer.

L’Indien qui vient de monter dans le train et qui a tout naturellement allumé toutes les lumières de la couchette en réveillant tout le monde sans s’en soucier m’a véritablement inspiré.

La première fois que je suis allé en Inde remonte à 2012, lorsque mon grand frère étudiait à Pune. À cette époque, j’ai eu l’immense chance de le rejoindre avec mes parents et de sillonner le Maharashtra, Goa et Aurangabad.

Pour la première fois de ma vie, j’avais l’impression de ne vraiment pas comprendre les codes qui régissaient le comportement des gens, j’ai senti un choc culturel relativement important.

Depuis ce moment, j’ai multiplié les lectures sur l’Inde et les rencontres avec les Indiens. L’année dernière, j’ai habité à Brest avec un Indien originaire du Maharashtra.

Je me souviens qu’une amie m’avait demandé si je supportais bien la cohabitation avec un Indien. Elle avait ajouté qu’au Canada – pays d’où elle revenait – les gens fuyaient les colocations avec eux. Sa question et sa remarque m’avaient surpris, mais avec un peu de recul, je comprends le décalage culturel qui explique cette incompréhension et parfois cette incompatibilité entre occidentaux et Indiens.

Cette année j’ai passé – en France comme en Inde – beaucoup de temps avec deux Indiennes originaires pour l’une de Chennai et pour l’autre de Delhi. Ces amitiés me permettent de comprendre un peu mieux le pays de Gandhi.

La place des communautés dans la société indienne

Le territoire indien est plus vaste que l’Europe. On peut passer plus de 48 heures dans le train ou multiplier les trajets en bus pendant des jours sans pour autant l’avoir traversé du nord au sud.

Au sein de ce pays cohabitent de manière remarquable une quantité impressionnante de cultures et de communautés.

Les villes indiennes sont à la fois habitées par des communautés hindoues, musulmanes, jaïnes, bouddhistes, sikhs …

Déplacez-vous de quelques kilomètres à peine et tout change : les religions ou la manière de pratiquer une même religion, les mentalités, les traditions, le mode de vie, les prix, les paysages, la cuisine : tout.

Beaucoup d’Indiens et, à plus forte raison les indiens les moins fortunés ou ceux les plus attachés aux traditions accordent une place très importante à la communauté dans leur vie quotidienne. Cela se produit pour le meilleur comme pour le pire.

Exemple vécu dans le Rajhastan :

Un bon repas entre deux excursions au Rajhastan

Juste après être arrivé à Delhi, j’ai mis le cap sur Alwar, au Rajhastan avec mon hôte Couchsurfing. Il est difficile de vivre une immersion culturelle et un dépaysement plus intense dès le premier jour d’un voyage solo en Inde (je vous raconterai cette excursion dans un prochain article).

Une fois arrivé à Alwar, mon ami et moi avons rejoint un groupe de voyageurs indiens qui organisent gratuitement des week-ends à travers toute l’Inde.

Lorsque j’ai essayé de parler hindi avec eux, je me suis fait sévèrement reprendre par le leader autoproclamé du groupe (un médecin militaire). Mon message était compréhensible, mais le ton employé était trop informel.

Le soir, ce même médecin m’a demandé plat après plat ce que je pensais de la nourriture qui nous était servie à l’hôtel. Je me suis régalé du début à la fin, mais j’ai eu le malheur d’émettre des réserves quant au dessert, expliquant prudemment et courtoisement que ce goût était plus fort que ce que j’apprécie généralement. Que n’avais-je pas dit …

Je me suis fait littéralement incendier, j’en suis resté bouche bée. Après coup, plusieurs personnes du groupe m’ont témoigné leur sympathie et m’ont rassuré. Pour eux, je n’avais pas été impoli. Pendant le repas, personne n’avait osé prendre ma défense.

Le lendemain, nous nous sommes engagés sur de petites routes sinueuses. Saisi de haut le coeur, je suis devenu plus blanc que blanc. NB: je n’ai rien contre la musique de Bollywood, mais je pense que devoir supporter cette musique à un volume très élevé n’aide pas vraiment à se sentir mieux …

Devinez qui a été la première personne à essayer de m’aider. Et oui, le militaire qui semblait jusque là ne pas me porter dans son coeur. Il m’a tendu la main avant les autres, mais tout le groupe a suivi. Une femme du groupe m’a donné de la cardamome à mâcher pour atténuer le mal des transports, une autre a discuté avec moi pour me distraire, tous ont insisté pour me laisser occuper la place la plus confortable de la voiture et pour la première fois du week-end, la musique – que j’appréciais au début mais qui m’a vite exaspéré – a cessé de faire vibrer les hauts-parleurs de notre jeep.

Pour eux, je faisais partie du groupe et le groupe, la communauté passe avant tout le reste.

Exemples évoqués dans l’excellente biographie romancée Shantaram (Gregory David Roberts)

Au cours des nombreuses années que le personnage principal a passé en Inde, celui-ci a été témoin de scènes de lynchage collectif à plusieurs reprises, par exemple lorsqu’un conducteur de taxi a eu un accident dans une zone habitée par une autre communauté que la sienne.

De la même manière que les élans de solidarité permettent aux habitants des bidonvilles de survivre et d’être plus forts, la solidarité indienne peut se révéler destructrice.

Des Indiens avec qui j’ai parlé de tout cela ont confirmé qu’encore aujourd’hui les bagarres de rue ou les violentes disputes entre deux personnes risquaient de dégénérer en mêlée.

+ Un pays surpeuplé

Au moment où j’écris cet article, l’Inde est le second pays le plus peuplé au monde. Il est habité par quelque 1 3 85 719 xxx habitants. Pour suivre l’évolution de la démographie indienne en directe, vous pouvez vous rendre sur ce site.

= un rapport aux concepts d’égoïsme et d’altruisme très différent du nôtre

Partant de ce constat, il est possible d’expliquer, de comprendre et de tolérer certains comportements comme le fait de voir les Indiens téléphoner à voix haute en pleine nuit dans un train, allumer et éteindre les lumières etc.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Quel a été votre plus gros choc culturel ?

Dans quelques jours, je publierai un récit de voyage pour partager avec vous mes ressentis à propos de Alwar, Delhi et Varanasi.

Suivez-moi sur Twitter @traounomad et abonnez vous par e-mail (en haut à droite du site) pour retrouver toutes mes photos de voyage et recevoir une notification lorsque je publie un article.

Bon voyage et à bientôt !

5 Replies to “Inde : choc culturel [1]”

  1. Bonjour Maël
    Toujours passionnant de vous lire , je vous admire de pouvoir combler vos envies de découvert l Inde il faut avoir votre bonté pour accepter les différences de tout les peuples que vous côtoyez , mais c est justement cette différence qui est instructif pour les personnes curieuses comme vous je suis ravie vous savoir toujours en voyage . Moi je reviens de Sicile et Malte petite croisière pour mes 70 printemps .Toute ma plus grande amitié
    Viviane

    J'aime

  2. Très heureuse de te lire Mael.
    Ton récit est dense, cela démarre fort.
    Que de ressentis et de nouvelles expériences !
    J’étais très intéressée à la lecture de ton récit.
    Je ne peux que te souhaiter bonne continuation pour cette expérience passionnante.
    A bientôt le plaisir de lire la suite !

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.