Le Maroc entre les lignes – Chapitre 3

Le Maroc entre les lignes – Chapitre 3 ( lire les chapitre 1 et 2)

Après quelques jours de voyage déjà riches en rencontres, en aventures et en émotions, nous décidons de mettre le cap vers le nord du pays en direction de Casablanca.

Nous prenons le bus à Marrakech début d’après-midi pour arriver trois heures plus tard.

À Casablanca, nous rencontrons la famille de Jamal. Il avait téléphoné à son père pour demander si nous pouvions être hébergés chez eux et découvrir la ville à travers leur regard. Il aurait évidemment aimé se joindre à nous mais sa balafre au visage (voir chapitre 2) lui aurait créé bien des problèmes.

Rencontre avec la famille

Sa famille nous accueille à bras ouverts dans leur appartement situé dans un quartier résidentiel de la ville. La grand-mère de Jamal, ses parents et ses deux frères font connaissance avec nous autour d’un excellent thé à la menthe. Sans pour autant faire partie des habitants les plus aisés de la ville, la famille de notre ami profite – à l’échelle du Maroc – d’un confort matériel n’étant pas à la portée de tous. Le père de Jamal est commissaire de police (d’où la crainte de Jamal de le rencontrer blessé au visage). Curieux, ils veulent tout savoir de nous, à commencer par notre religion. Ils essaient de comprendre si nous sommes musulmans. La question nous amusé car nous étions volontairement assez ambigus à ce sujet. L’ami avec qui je voyageais a des origines Libanaises. De mon côté, aucun doute, mes origines (breton à 75% – russe à 25 %) me trahissent. Je suis blanc comme un linge et je ne bronze pas même sous ce soleil de plomb. Ce qui intrigue sa famille c’est le fait que, comme mon ami, je comprenne un peu l’arabe. Mon ami a un nom chrétien mais pour plusieurs raisons (faciliter les échanges et m’adapter à la culture locale), j’avais choisi de me faire appeler « Ismaël », prénom abondamment utilisé par les musulmans. Cela a particulièrement amusé la famille de mon ami. Lorsqu’ils ont vu que je déchiffrais les panneaux dans la rue et que je m’intéressais à la langue arabe que j’ai étudiée seul (je suis tout débutant), ils ont insisté pour en savoir plus sur ma famille et ont posé de nombreuses questions. Ils ont fini par comprendre que je n’étais pas plus musulman que ma famille mais ils ont, selon moi, nourri un espoir que je me convertisse. Ils ont dû penser que j’étais sur ce qu’ils considèrent être la « bonne voie ». Le lendemain, à l’heure des au revoir, ils me serreront dans leur bras et m’offriront une paire de babouches qui me plaisait beaucoup chez eux. Mon ami (qui n’a pas eu la chance de recevoir ce cadeau) est persuadé que le préfixe que j’ai ajouté à mon prénom et mon goût pour la langue arabe n’y sont pas pour rien …

Visite de la mosquée Hassan II

Une fois les présentations faites, la famille nous propose de nous emmener nous promener autour de la mosquée Hassan II. Nous acceptons sans la moindre hésitation.

Construite par le roi Hassan II entre 1986 et 1993, la mosquée éponyme est l’un des emblèmes du pays.

Je suis littéralement tombé sous le charme de ses arabesques, de ses couleurs et de l’atmosphère envoûtante qui s’en dégage. Cette visite a été l’un des coups de cœur de voyage.

Une architecture somptueuse, une situation étonnante (au bord de l’océan Atlantique) des dimensions impressionnantes et la ferveur spirituelle qui émane des lieux ne laissent personne indifférent. La mosquée peut accueillir plus de 100 000 personnes dont 25 000 à l’intérieur. Le minaret depuis lequel est fait l’appel à la prière mesure plus de 200 mètres.

Au contraire des églises dont l’unique fonction pratique est le recueillement, les mosquées sont de véritables lieux de vie. Les fidèles viennent certes se recueillir, mais ils viennent aussi discuter entre amis, assister aux cours de l’école coranique, lire dans la bibliothèque, se baigner dans le hammam …

Repas en famille

De retour de la mosquée, nous avons retrouvé le salon confortable de la maison familiale.

Les heures passaient et nous commencions à avoir de plus en plus faim.

Très surpris de voir que la famille n’avait toujours pas diné vers 23 heures, je décide de fermer les yeux et d’essayer de m’endormir malgré le bruit, la chaleur et l’agitation.

On me réveillera quelques minutes plus tard pour le repas : un couscous au poulet.

Je constate – gêné mais pas surpris -, que les hommes mangent tous ensemble pendant que les femmes servent et attendent. Elles mangeront les restes.

Alors que je réfléchissais justement à cela (à la condition de la femme au Maroc), le père de mon ami me dit : « C’est cela qui est beau au Maroc, vous ne trouvez pas ? On mange tous ensemble, toute la famille est réunie. » J’ai trouvé cette situation complètement décalée, complètement hallucinante et l’espace d’une seconde, mon cœur a repris le dessus sur la prudence que je m’imposais pour ne pas me montrer irrespectueux envers certains aspects de cette culture qui me déplaisent. La réponse m’a totalement échappée : « Toute la famille ? Les femmes ne mangent pas avec nous ». Cela aurait certainement engendré un profond malaise si quelqu’un m’avait entendu mais par chance, j’ai réussi à baisser le ton pour terminer ma phrase qui de toute façon a été couverte par le bruit de la rue.

Départ pour Fès :

Le lendemain, après avoir chaleureusement remercié nos hôtes et avoir accepté les souvenirs qu’ils nous ont offert, nous reprenons le bus en direction de Fès, au nord du Maroc où nous attendait Taoufiq, un CS d’une grande générosité, un homme remarquable qui nous fera découvrir encore une autre facette de ce pays magique.

Et vous ? Quels sont vos souvenirs du Maroc ? N’hésitez pas à laisser un commentaire. Cet article vous a plu ? Vous pouvez vous abonner en renseignant votre adresse e-mail en haut à droite du site (vous recevrez un seul mail par mois et vous pourrez vous désabonner en un clic). Vous pouvez aussi me suivre sur Twitter : @traounomad

3 Replies to “Le Maroc entre les lignes – Chapitre 3”

  1. Merci pour ce beau récit, Mael.
    Les 2 villes sont magnifiques. Elles ont dû bien changer depuis que je faisais de fréquents séjours au Maroc.
    J’avais aussi pratiqué un peu la langue, c’était assez facile lorsque l’on est en contact avec les autochtones.
    Cela donne envie d’y retourner !

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  2. Sympa votre article, c’est bien de vouloir mieux connaitre un pays auprès de ses habitants, ça donne une dimension supplémentaire et plus immersive dans la vie du pays. Par contre, une petite info vérité, vu que je viens moi-même du Maroc: le fait de manger entre hommes est valable juste dans certains milieux, disons un peu rétrogrades. Les marocains moyens sans parler des familles aisées mangent ensemble, hommes et femmes. 😉

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