Un cauchemar multilingue : pratiquer une langue en dormant

Apprendre et pratiquer une langue en dormant : rêve ou réalité ?

I le rêve : science et superstition, une perception changeante à travers le temps et l’espace

Le rêve est un sujet qui fascine l’Homme depuis des siècles.

Nombreux sont ceux qui se sont intéressés ou s’intéressent encore à l’interprétation des rêves.

Certains livres expliquent d’ailleurs comment parvenir à contrôler le contenu de nos rêves.

Dans certaines cultures, superstitions et rêves sont étroitement liés.

C’est le cas par exemple à Naples, ville que j’ai eu le plaisir de redécouvrir le mois dernier.

De nombreux Napolitains sont encore persuadés que les morts peuvent leur communiquer les numéros gagnants du loto à travers la porte du monde onirique.

On ne compte plus les dictionnaires d’interprétation des rêves ou des cauchemars. Cabinets de voyance, cours de philosophie ou de culture générale, discussion entre amis, le rêve est partout dans notre société. Rêver fait partie du cycle de la vie, au même titre que manger ou dormir.

Si je suis on ne peut plus sceptique en ce qui concerne la voyance et les interprétations de rêves que ces entreprises proposent, je fais en revanche confiance à ce que des années de recherche scientifique ont démontré : les rêves (et les cauchemars) surviennent dans le cadre de la défragmentation de notre cerveau. Le cerveau humain enregistre toutes sortes d’informations à travers la journée. Le sommeil fait le tri dans ces informations, il consolide les apprentissages que nous avons faits dans la journée, et interagit avec notre inconscient pour traiter nos émotions, nos peurs, nos désirs, avoués ou inavoués. Il est prouvé qu’un sommeil de qualité aide à fixer une information dans la mémoire à long terme.

II Le rêve, une formation continue inconsciente très efficace

Pendant la nuit, le cerveau fixe les apprentissages. Parfois, il va même jusqu’à les mettre en pratique.

Ainsi, certaines méthodes de mémorisation et notamment des méthodes pour progresser dans la pratique d’une langue étrangère utilisent le sommeil. Le site Babel a d’ailleurs écrit un excellent article à ce sujet.

III Mon expérience : des rêves en plusieurs langues

Un rêve oui mais un rêve en VO

Lorsque l’on discute avec quelqu’un qui a vécu plusieurs mois à l’étranger et que l’on évoque le sujet de la progression en langue, on obtient souvent une réponse de ce type : « Au début je ne comprenais rien/pas grand-chose. Au bout d’un mois, je comprenais un peu mieux. Au bout de deux/trois mois, je comprenais l’essentiel. Après un certain temps, six mois peut-être, j’ai commencé à rêver dans la langue du pays ». C’est précisément ce qui m’est arrivé en Italie la première fois que j’y ai passé quelques mois, ou encore en Allemagne, pays dont la langue est réputée pour être particulièrement complexe et éloignée du français.

Je me souviens que lorsque je revenais en France, je continuais parfois à rêver en allemand et à parler en allemand durant mon sommeil.

Il m’arrive relativement régulièrement de rêver dans une autre langue.

Cela m’arrive également en France, particulièrement souvent lorsque la dernière action que j’ai faite avant de rejoindre Morphée s’est déroulée dans une langue étrangère ; un appel téléphonique avec un ami étranger, le visionnage d’un film ou d’une série en VO, la lecture d’un livre dans une autre langue…

J’ai la sensation que mon cerveau s’endort dans cette position (la langue utilisée) et reste sur cette position pendant mes rêves.

Hier soir, j’ai fait un cauchemar assez étrange.

Je me trouvais dans ce qui ressemblait à la fois à un souk et à la place Saint-Marc de Venise (non, n’essayons pas de comprendre, il s’agit d’un rêve absolument irrationnel).

Je me trouvais donc sur cette étrange place où je déambulais.

Un homme a surgi de derrière moi et m’a violemment attrapé par la main pour essayer de me kidnapper. Il s’adressait en turc et je ne comprenais que quelques mots (je suis récemment allé en Turquie et j’ai eu le plaisir de m’intéresser à cette langue et de pratiquer ses rudiments avec mes amis turcs).

Autour de moi, la foule avait totalement ignoré cet acte malveillant à mon encontre. Les vendeurs et les badauds discutaient dans une multitude de langues que je ne comprenais pas. Quant à moi, je pensais tantôt en italien, tantôt en français ou en anglais (ma langue maternelle et les deux langues étrangères dans lesquelles je me sens vraiment à l’aise).

J’ai continué à errer sans but, caressant l’espoir de trouver quelqu’un, qui que ce soit, à même de m’expliquer où j’étais, ce qui venait de m’arriver etc

Au bout de quelques minutes (du moins au bout de ce qui, en rêve, m’a semblé être quelques minutes), j’ai croisé le chemin d’une policière à qui j’ai demandé de l’aide.

Je me souviens alors de m’être présenté à elle en tant qu’interprète. Tiens donc. Quel joli paradoxe, nous pouvons nous réaliser un rêve au cours d’un cauchemar, cela ne m’était encore jamais arrivé.

La policière ne m’a pas cru, elle a douté de mon identité et s’est ainsi mise à accélérer le débit de la conversation que nous avions en italien. Elle a varié son registre de langue, pris un accent, utilisé des contractions. Elle a littéralement tout fait pour essayer de me piéger et de me démasquer. Persuadée que je lui avais menti. La scène surréaliste ne s’arrête pas là. Elle a ensuite demandé à des passants de s’adresser à moi en anglais. Voyant que je m’en tirais bien, elle a demandé à d’autres de me parler en allemand. Comme dans la réalité, je comprenais tout ce qu’on me disait mais j’avais plus de mal à répondre en allemand lorsque le sujet était complexe. Je me souviens avoir rencontré les mêmes difficultés que dans le monde réel.

Après quelques tests, aussi stressants qu’amusants, l’homme qui avait essayé de m’enlever est passé devant nous. Elle lui a alors adressé la parole et il s’est de nouveau tourné vers moi pour m’invectiver en turc. Je ne comprenais pas ce qu’il me disait.

C’est au cours de cette scène stressante que je me suis réveillé.

Je n’ai aucune idée du temps qui s’est écoulé pendant ce mauvais rêve. Une demi-heure ? Une heure ? Quatre heures ?

J’ai probablement oublié une partie de ce que j’ai vécu.

Le cerveau ne se souvient pas de l’intégralité de nos rêves. Cela dépend de la phase de sommeil dans laquelle nous nous trouvons au moment du rêve en question.

Voici les observations que je tire de ce dernier rêve multilingue :

  • Le vocabulaire passif (les mots que nous reconnaissons mais ne sommes pas encore en mesure d’employer) semble chez moi être le même en rêve ou en réalité.
  • Dans l’immense majorité des cas, mon niveau dans une langue est rigoureusement le même en rêve et en réalité.
  • Rêver permet parfois d’avoir le sentiment de découvrir une nouvelle expression ou un nouveau mot (je pense que le cerveau fait simplement, grâce à la répétition au sein du rêve, passer les termes concernés du vocabulaire passif au vocabulaire actif).

Quoi qu’il en soit, j’adore cette sensation qui est celle de rêver dans une autre langue. Pour le passionné que je suis, c’est un peu un moyen inconscient et apprécié de joindre l’utile à l’agréable.

Et vous ? Avez-vous déjà rêvé dans une autre langue ? Quelles sont vos expériences à ce sujet ?

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4 Replies to “Un cauchemar multilingue : pratiquer une langue en dormant”

  1. Je me souviens déjà si rarement de mes rêves que c’en est un de faire un rêve en VO ! Je connais des gens qui ont rêvé dans leur conlang… Ça doit être bien cool.

    La question étant : le turc de l’homme était-il du vrai turc composé de ton vocabulaire passif ou du total charabia ?

    En tout cas, teşekkür ederim pour cet article qui se trouve être une histoire, même si tu n’en es que subconsciemment l’auteure !

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    1. Merci pour ton commentaire Ywan.
      Tu m’as enseigné la définition de « conlang ».
      J’ai eu la sensation que les phrases prononcées en turc étaient réelles (vocabulaire passif), même si j’en saisissais seulement un mot sur x.

      Aimé par 1 personne

  2. Je trouve ton article super intéressant. C’est très surprenant la première fois où on rêve dans uneangue étrangère. C’est également étrange quand on se rend compte qu’on pense en anglais par exemple. Je viens d’arriver au Brésil pour apprendre le portugais et j’espère que la langue va me contaminer rapidement 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Salut Rémi,
      Merci pour ton commentaire !
      Je suis flatté de voir que tu as fait un tour sur mon blog.
      Je suis sûr que tu commenceras bientôt à penser puis à rêver en Portugais.
      N’hésite pas à m’envoyer un message si tu veux échanger à propos des méthodes que tu utilises pour progresser.

      J'aime

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