Le Maroc entre les lignes – Chapitre 2

Cet article est le second chapitre d’un récit de voyage qui commence ici

Voyage en bus de Marrakech à Essaouira

Après un réveil aux aurores et quelques kilomètres à pieds, nous voilà arrivés à la gare routière de Marrakech. Nous choisissons de voyager avec la compagnie CTM qui propose un trajet Marrakech-Essaouira au tarif de 75 dirhams (6,90€). Le trajet dure environ 3 heures. Les deux villes sont distantes de 170 km ; de quoi en prendre plein les yeux tout au long du trajet. Les chauffeurs de car font toujours une voire plusieurs pauses lorsque le trajet dure plusieurs heures. Cela peut-être l’occasion pour vous de vous restaurer. J’avoue avoir été très agréablement surpris en me régalant dans un restaurant sur une aire d’autoroute. Je pensais que les prix allaient, comme en France être exorbitants sans que la qualité soit pour autant au rendez-vous. Et pourtant … je m’aperçois bien vite que, même si les prix sont bien plus élevés qu’ailleurs, ils restent parfaitement raisonnables pour une zone touristique. Je craque pour un jus de fruits absolument divin (25 dirhams pour un panaché royal ; un cocktail de fruits frais). C’est parfait, c’est ce dont j’avais besoin pour me rafraichir un peu. Aller au Maroc l’été, j’ai de ces idées aussi moi 🤔😄

Quelques minutes plus tard, de retour dans le bus, le sommeil a presque raison de moi. Je somnole jusqu’à ce que mon ami me réveille pour me montrer une scène invraisemblable.

Photo tirée du blog planete3w – Chèvres dans des arganiers au Maroc

Je me souviens avec amusement de l’expression de surprise qui marquait le visage de mon ami (un garçon peu expressif en temps normal).

Difficile à croire, même lorsque l’on a lu l’explication de cette scène dans un guide de voyage. Il s’agit bien de chèvres, debout sur les branches d’un arbre.

L’arbre en question est un arganier, on en trouve tout le long de la route qui relie Marrakech à Essaouira. Les chèvres grimpent sur ses branches et se nourrissent de ses fruits. Ce sont les noyaux (récupérés dans leurs excréments) qui sont broyés afin de produire l’élixir magique qu’est l’huile d’argan.

Rencontre avec Jamal, notre hôte

Une fois arrivés à Essaouira, nous rencontrons Jamal, notre hôte.

SPOILER : son véritable nom n’est pas Jamal, mais vu ce que je m’apprête à partager avec vous, mieux vaut que son nom n’apparaisse pas sur mon blog …

Dès les premiers instants, Jamal nous met en confiance, son sourire chaleureux et son regard sincère nous font chaud au cœur avant même que nous n’entrions chez lui.

Le chemin qui sépare la gare de son appartement nous permet de commencer à faire connaissance. Nous parlons de notre voyage au Maroc et de nos voyages passés/futurs/rêvés.

Quelques minutes plus tard, nous franchissons le seuil de sa porte et découvrons un salon décoré de tapis et de mobilier traditionnel.

Nous sentons vite qu’avec lui, nous allons vivre quelque chose d’intense, de particulier. Je suis surexcité, je dévore chaque seconde de cette rencontre, de cet instant.

Nous parlons pendant de longues heures et passons d’un sujet à l’autre ; psychologie, informatique, travail, études, voyage, vie dans nos pays respectifs etc

Jamal se sent lui aussi à son aise avec nous et il nous confie quelque chose :

« Vous voyez cette cicatrice sur ma lèvre ? »

« Un gars m’a frappé il y a quelques jours dans un bar. »

Dans un bar ? Avons-nous bien entendu ? Certes, le fait que le Maroc soit un pays dans lequel tradition et mondialisation se croisent et s’entremêlent est un secret de polichinelle, il est bien connu que certains Marocains boivent. Mais quel genre d’idées peut déranger au point que leur formulation ait des répercussions sur la santé de ceux qui les expriment ? Nous n’allions pas tarder à le découvrir.

Notre hôte nous fait confiance et il a envie de partager avec nous son histoire. Il nous raconte qu’il n’est pas du tout violent mais que ce qu’il dit peut parfois déranger au Maroc. Nous y voilà, nous l’écoutons attentivement, autant par amitié, par respect que par curiosité et envie de comprendre la société marocaine. Nous comprenons que cette belle rencontre sera aussi l’occasion d’avoir un aperçu du Maroc entre les lignes, un Maroc très différent de celui des guides de voyage. Notre hôte incarne parfaitement un des paradoxes présents dans la société Marocaine. Son père est policier, son frère est avocat et sa famille répond à tous les canons de la culture du pays (famille nombreuse, musulmans très pratiquants, proches des valeurs traditionnelles du pays). Lui ? Sur certains points il serait plus proche du hippie globe-trotter que des canons mis en avant par sa famille. Il lit beaucoup, échange beaucoup, il se remet en question et fait de même avec son beau pays. Il ose remettre en question le régime politique, la condition de la femme, la religion, la corruption. Son ouverture d’esprit rayonne. Il rêve de découvrir le monde et rêve de voir son pays se métamorphoser. Son pays ? Il en est fier, il l’adore, mais il souhaiterait que les choses changent. La discussion est passionnante. Nous posons des questions et il est ravi d’y répondre. Nous passons l’après-midi et une partie de la soirée dans la Médina d’Essaouira. L’architecture, le paysage sonore et l’atmosphère qui se dégagent du lieu nous envoûtent.

Essaouira, traounomad

Le lendemain, c’est vers le port que nous nous dirigeons.

Nous passons une journée très agréable en compagnie de notre ami. Pas de visite de musée, pas de photos de monuments mais des instants qui resteront gravés à jamais dans nos mémoires. Nous passons des heures à boire des thés à la menthe en terrasse, à discuter. Notre ami nous enseigne l’art de la négociation à la marocaine et nous passons de bons moments à négocier tous ensemble pour acheter à un prix convenable les souvenirs qui nous font envie.

Au bout de quelques jours, Jamal nous propose de le suivre et d’aller boire une bière dans le fameux bar dont il nous avait parlé. Pour y arriver, il faut déjà connaître le chemin. Médina signifie vieille ville, mais cela pourrait tout aussi bien signifier labyrinthe. Peu importe la ville Marocaine, il est on ne peut plus facile de se perdre dans le dédale de ruelles qui composent la Médina (c’est la raison pour laquelle des jeunes jouent parfois à perdre les touristes et à leur demander de l’argent en échange d’indications pour retrouver leur chemin). Notre ami lui sait parfaitement où il va. Nous le suivons jusqu’à arriver devant une lourde porte en bois (non, si vous vous le demandez, ce n’est pas la porte en photo-ci dessus). À l’intérieur, nous découvrons un monde surréaliste. Le contraste entre la vieille ville traditionnelle et l’intérieur de ce bar secret est absolument saisissant.

Dans ce bar, tout le monde consommait la même chose, de la bière (une seule marque). Là-bas on croise des femmes non voilées qui boivent, attablées avec des hommes. L’atmosphère qui se dégage de cet endroit est étrange. On a l’impression d’avoir poussé les portes d’un autre monde, d’un autre Maroc. Nous passerons des heures à discuter avec Jamal et ses amis. Il nous fait part des nombreux points sur lesquels il est en désaccord avec la politique de son pays ou la manière de penser. Il n’en croit pas ses oreilles lorsqu’il nous entend comparer ce bar aux bars français où néons, DJ, publicités pour alcool font partie du paysage. On lui parle des shots, des happy hours. De tout ce dont nous ne sommes nous même pas forcément clients mais qui fait tout de même partie (pour le meilleur et pour le pire) de la culture de la fête en France et en Europe. Nous comparons avec lui les deux situations : le bar européen qui doit être indiqué, réputé et le mieux placé possible dans la ville, et le bar « secret » dans lequel il nous a emmené. Il n’arrive pas à imaginer alors nous l’invitons en France pour l’aider à comprendre 😊

Après un bon repas dans un kebab, il est temps pour nous d’aller nous coucher.

Le lendemain nous partirons pour Casablanca.

À suivre dans le chapitre 3 :

  • Rencontre avec la famille de Jamal et visite de Casablanca
  • Départ pour Fès, dernière étape de ce superbe voyage au Maroc

Abonnez-vous en renseignant votre adresse e mail en haut à droite du site (désinscription en un clic, un seul mail par mois).

Et vous le Maroc ? Vous y avez été ? Quelles ont été vos impressions ? Quels souvenirs en gardez-vous ?


Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.