Réfugiés : les leçons de vie qu’ils m’ont données

Mon histoire avec les réfugiés, les leçons de vie qu’ils m’ont données

Un an et trois mois se sont écoulés depuis mon séjour de 7 mois à Hanovre.

Je suis parti en Allemagne avec différents objectifs parmi lesquels celui de découvrir une culture dans laquelle je ne m’étais jusqu’alors jamais immergé. Cette expérience très enrichissante a aussi été l’occasion de prendre contact avec des réfugiés* et de pouvoir, modestement, leur apporter mon aide. Cela me tenait déjà à cœur en France, mais vivre quelques mois dans le pays d’Europe qui accueille le plus de réfugiés m’a aidé à franchir le pas. Assistant de français dans un lycée, j’ai choisi – entre deux cours de français dispensés à de jeunes allemands – de donner des cours d’anglais à des réfugiés. Ils avaient « 16 » ou « 17 » ans si on leur demandait. Ce n’est pas ce que leurs barbes, leurs tailles, leurs discours reflétaient. Cet âge qu’ils annonçaient avec assurance est pour eux un laisser passer qui leur permet d’être scolarisé dans les collèges et lycées ; d’apprendre l’allemand, de redonner un rythme et un nouvel élan à leur vie.

L’Allemagne pour eux c’est une prison dorée (ils n’ont pas le droit de se rendre dans une autre ville sans en avoir fait la demande, même pour une journée. Ils ne peuvent pas passer la frontière) Ils ont la chance d’y résider légalement. Ils sont conscients de cette chance, ils sont reconnaissants. Le gouvernement les loge gratuitement dans des appartements ou des maisons situées dans les villages autour des grandes villes. Jusqu’à 18 ans (d’après l’âge déclaré en Allemagne) ils sont prioritaires, ensuite cela se complique de nouveau …

Au fil des cours que je leur donnais, ma sensibilité m’a poussé à parler plus librement à ces jeunes de mon âge qui ne demandaient rien d’autre que le droit d’être heureux. Ces jeunes adultes ou ces enfants (car certains étaient là avec leur petites sœurs) ont traversé des continents dans des conditions effroyables pour fuir la misère de la guerre ou celle des dictatures.

Plusieurs d’entre eux, appelons les T et W (pour des raisons de discrétion) se sont véritablement livrés à moi. J’étais le seul jeune Européen de leur âge à leur prêter attention et à leur tendre la main. Ils m’ont beaucoup appris sur leurs pays mais surtout sur la vie. La différence entre leur jeunesse et la mienne ? Pour fuir la guerre en Afghanistan ils ont traversé  l’Afghanistan, l’Iran, la Turquie, la Grèce.

T n’a jamais voulu m’avouer son âge mais il m’a raconté son parcours. Il m’a raconté la violence de ces « hommes » qui s’enrichissent en devenant passeurs et trafiquants d’humains. Il m’a raconté les viols, les coups, les humiliations subis au quotidien par ses compagnons d’infortune. Dans un anglais approximatif teinté par l’émotion, les yeux humides, il s’est confié à moi (et m’a alors autorisé à rapporter une partie de ses propos sur mon blog). J’étais son seul ami Européen, la seule personne externe à son cercle social de réfugiés à qui il a avoué sa peine.

Un jour, des mecs sont entrés dans le camion et ils ont commencé à frapper une fille sans raison, ils l’ont entrainée dehors et l’ont probablement violée. Personne n’a bougé ! Pourquoi ? D’autres se sont fait tuer pour moins que ça devant nous.

Il m’a raconté ses longues journées d’errance dans les rues de la capitale Grecque ; ses galères en tant que jeune SDF, où il dormait, où il mangeait pour quelques euros, où il rencontrait d’autres jeunes réfugiés avec qui il passait du temps pour oublier son malheur mais aussi pour se protéger des agressions dans un environnement où la loi du plus fort se fait ressentir à chaque seconde. Il m’a raconté l’intense soulagement ressenti lorsqu’il s’est débrouillé pour passer les douanes à l’aéroport d’Athènes et monter dans un avion à destination de l’Allemagne où il avait des connaissances (d’autres Afghans).

Au moment où j’écris cet article, à moins que T n’ait obtenu un visa pour rejoindre une partie de sa famille aux États-Unis, il n’a pas vu sa mère depuis 4 ans.

Cela je ne le saurai probablement jamais car si j’ai gardé contact avec W que je prendrai plaisir à revoir en Allemagne dans quelques mois, j’ai décidé de rompre tout contact avec T. Ma candeur, ma naïveté et ma foi en la bonté de l’être humain m’ont joué un mauvais tour.

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Cette anecdote est le genre d’histoires qui m’attristent mais me font grandir. La vie multiplie pour nous les possibilités de faire des erreurs. J’aime commettre ces erreurs et tant mieux car que je le veuille ou non je finis par les commettre 😉. T ne peut pas lire le français mais je le remercierais volontiers.

T m’a manipulé, utilisé pour que je l’accompagne à des soirées interdites aux mineurs, pour que je l’accompagne chez le tatoueur. Je croyais en son amitié mais je n’étais qu’un outil pour lui. Il a fini par se détacher de moi et m’insulter quand j’ai vu clair dans son jeu pervers. En guise de remerciements pour toutes les heures que j’ai passé avec lui, ce sont des reproches que j’ai récolté de sa part. Il m’a insulté et fait passer pour le « riche blanc dont la vie est facile alors que lui n’était qu’un réfugié dont je profitais comme tous les autres ».

Fable de Maël ou morale de l’histoire : ce n’est pas parce que quelqu’un a souffert qu’il est forcément quelqu’un de gentil ; mieux vaut rester prudent.

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Merci pour la leçon !

*Syriens, Afghans, Érythréens, Irakiens

Les réfugiés en Allemagne : certains les aident …

En Allemagne de nombreuses organisations se mobilisent pour les aider, c’est le cas d’une association dénommée Jugend Rettet. Mes voyages en stop et en Couchsurfing m’ont permis de croiser la route de Max, un membre actif de l’association. Fondée en 2015 par deux jeunes étudiants Berlinois, cette association a pris de l’ampleur et a réussi – à force de persévérance – la prouesse de récolter assez de fonds pour racheter un paquebot, le réparer, et recruter des volontaires pour partir en mer secourir ces hommes, femmes et enfants qui dérivent sur des embarcations de fortune

En 2017, ils ont secouru plus de 10 000 migrants grâce au bon déroulement de 8 missions.

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Sticker Jugend Rettet

D’autres les rejettent …

Dans les rues, chez les gens, à la télé ou la radio, dans la presse, des propos m’ont choqué.

« Tous des terroristes » « Ils viennent ici voler notre argent et violer nos filles » « Qu’ils crèvent ces parasites »

On m’a demandé si je n’avais pas « peur » de les côtoyer. On m’a demandé quelle « folie » avait bien pu me conduire à la décision de leur donner des cours bénévolement.

Dans la rue, ils doivent soutenir les regards méprisants ou apeurés des passants. Les mères changent de trottoir avec leurs enfants quand ils sont là, certains commerçants refusent de leur vendre ce dont ils ont besoin.

Les jeunes filles allemandes ont peur d’eux ou bien se voient interdire par leurs parents de les fréquenter. Ils sont plongés dans une détresse affective terrible. Leur rapport aux femmes se limite donc à leur contact avec des prostituées.

Par ailleurs, si un délit ou un crime est commis par l’un d’eux, cela engendre un tapage médiatique sans précédent. Si un jeune réfugié commet un délit et que je commets ce même délit, nul doute que la presse parlera plus de lui que de moi.

La situation des réfugiés en Europe, en France et dans le monde

Nous vivons dans un monde où guerres, régimes répressifs et catastrophes climatiques sont légion. Ces drames obligent chaque année des millions, de femmes et d’enfants à fuir leur pays et à traverser les continents dans des conditions extrêmement dangereuses, rencontrant sur leur passage un large panel représentatif de ce que l’homme malintentionné, aveuglé par le profit et le pouvoir peut faire de pire. Trafiquants d’organes, réseaux mafieux, réseaux de proxénètes, passeurs faisant preuve d’une violence inouïe…

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Une triste définition du terme désespoir : embarcations sur lesquelles les réfugiés risquent leurs vies en mer
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Embarcations sur lesquelles les réfugiés risquent leurs vies en mer

 

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Clandestins montant dans les camions de marchandises à Calais

Quand une dernière lueur d’espoir apparait au bout du tunnel, ces hommes vendent tout ce qu’ils possèdent pour pouvoir  – dans de rares cas légalement mais très souvent dans les conditions que je décris – traverser le monde à la recherche d’une vie meilleure.

En 2015, 65 millions de réfugiés ont été comptés à travers le monde ; autant de personnes que d’habitants en France ! (voir article du journal le monde en bas de page)

L’Europe – leur Eldorado

J’utilise le terme de « vie meilleure » car ce sont les mots qu’ils emploient pour décrire ce qu’ils s’attendent à trouver en Europe. Ils considèrent l’Europe ou les États-Unis comme un Eldorado, des lieux où le chômage est inexistant et l’argent omniprésent. L’Europe croule sous les demandes d’asile. Une grande partie de celles-ci sont rejetées. Il existe des centres d’accueil d’urgence, à Paris par exemple mais ceux-ci sont débordés et se voient forcés de refuser chaque nuit l’accès à des réfugiés. Ils dorment alors entassés dans la rue. Femmes enceintes, enfants squelettiques … le spectacle auquel j’ai assisté encore hier à Paris n’est guère réjouissant.

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Stalingrad, Paris – photo de Arnault Chêne pour le journal 20 minutes

 

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Calais et sa « jungle »

Une fois arrivé, c’est la désillusion. Les quelques uns qui comme T ou W arrivent à obtenir l’asile peinent à s’intégrer. Trouver un travail relève pour eux de l’exploit. Commence alors un cercle vicieux : pas d’argent, pas de travail, pas de possibilité d’étudier ni d’évoluer, peu d’amis hormis leurs éventuels compagnons d’infortune. Une vie dans laquelle ils profitent de quelques années de sursis, quelques années durant lesquelles ils seront en sécurité physique. Ils seront logés, soignés temporairement accompagnés dans leurs démarches et leur apprentissage de la langue. Ils sont ensuite livrés à eux même dans un environnement hostile (racisme, discrimination …).

Beaucoup d’entre-eux sont emprisonnés et/ou reconduits aux frontières.

Il me semble aussi intéressant de noter que l’Allemagne, tout en étant la force industrielle de l’UE, n’est pas un pays ignorant la pauvreté et la misère. On a tendance, en France à penser que les allemands sont tous riches. On le pense pour la simple raison qu’ils ont de belles voitures (qui coûtent moins cher dans les usines allemandes et qui font partie du salaire des ouvriers allemands qui sont, en dehors de cet avantage mal rémunérés). La gestion de l’argent est à la fois culturelle et personnelle. Les allemands sont plus matérialistes que les français mais au quotidien ils ne bénéficient pas forcément du même confort de vie que nous. Les logements et les transports sont hors de prix dans leur pays (et qu’on ne vienne pas me dire que la DB fonctionne mieux que la SCNF 😈)  les consultations médicales aussi dans bien des cas.

En Allemagne il est courant de voir des personnes âgées ou des familles entières ramasser les canettes de bière pour pouvoir récupérer les quelques centimes de la consigne. Certains pensent donc faire une bonne action en jonchant le sol de leurs canettes.

Le rôle politique et social de l’Europe et de l’UE – quelques exemples

Différence entre le projet de relocalisation des migrants validé par l’UE en 2015 et la réalité en 2017

Les réfugiés sont trop nombreux et l’Europe, bien que riche, ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Tout en restant lucide et objectif, on sait pertinemment que l’UE pourrait accueillir plus de migrants. Cette crise migratoire coûte des centaines de millions d’euros à l’Europe. Le problème c’est que certains pays ne jouent pas le jeu …

En 2015 la commission Européenne a signé un accord visant à répartir plus équitablement les migrants (voir ci-dessus). L’Italie et la Grèce étant arrivées au maximum de leurs capacités d’accueil. L’objectif était aussi de contourner « la procédure Dublin » qui obligeait les réfugiés à effectuer leur demande d’asile dans le premier pays Européen où ils arrivaient. L’Italie et la Grèce étant proches des côtes Libyennes – lieu de départ massif pour les migrants – elle se sont retrouvées submergées.

L’accord passé en 2015 (applicable d’ici 2017) n’a pas tenu ses promesses (seulement 30% des quotas de migrants évoqués ont été effectivement accueillis).

L’Irlande avait accepté d’accueillir 200 migrants en 2017, c’est presque dix fois moins (21) qui ont été accueilli l’année dernière sur la belle Erin.

Pire encore, certains pays refusent catégoriquement d’accueillir le moindre réfugié.

L’UE a récemment pris des sanctions contre la Pologne et la Hongrie qui refusent d’accueillir le moindre réfugié.

La France elle ne se place qu’en cinquième position des pays accueillant des réfugiés en Europe. Ceci dit, Emmanuel Macron a fait connaître son intention de réagir en modifiant la législation pour s’approcher de la législation de l’Allemagne avec qui il souhaite coopérer. Il dit en revanche vouloir être plus ferme envers les réfugiés ne répondant pas aux critères d’accès à la demande d’asile en France.

« Je souhaite qu’on accueille mieux ceux qui peuvent demander asile, qu’on accélère les délais administratifs, qui sont inhumains et inefficaces, avoir des programmes d’intégration à la langue, au logement, au travail et qu’on soit aussi beaucoup plus rigoureux dans la reconduite aux frontières de ceux qui n’ont pas droit à cette procédure. » Emmanuel Macron

Reste à voir ce qu’il en sera vraiment car la France n’a elle non plus pas tenu toutes ses promesses au sujet des réfugiés.

En Allemagne Angela Merkel qui jusque là tenait fermement sa position en faveur de l’accueil de réfugiés a du céder à la pression des conservateurs et plafonner l’accueil des réfugiés à 200 000 personnes par an.

Soyons humains, réagissons, aidons !

Les moins cultivés et les plus malveillants disent qu’ils sont des voleurs, des feignants opportunistes, les plus altruistes les aident. J’espère que le fait d’avoir lu mon article vous aide à dénoncer cette attitude haineuse. On ne fuit jamais son pays de manière définitive sans raison.

Voici un bel exemple de solidarité en vidéo

Vous êtes chaque mois quelques centaines à me lire ! Si certains d’entre vous ne font ne serait-ce qu’un petit don à des associations (ex Jugend Rettet), si certains d’entre vous osent tendre la main à ces personnes, leur sourire, les défendre, changer de regard à propos d’eux alors j’estimerai ne pas avoir perdu mon temps à écrire cet article 😉

Et vous ? Avez-vous déjà été à la rencontre de réfugiés ? Que pensez-vous de cette situation ? Réagissez dans les commentaires

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Quelques articles de la presse francophone traitant du sujet :

http://www.qqf.fr/infographie/53/migrants-quest-ce-quon-attend

https://www.franceinter.fr/monde/10-pays-accueillent-56-des-refugies

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/06/23/le-nombre-de-refugies-dans-le-monde-equivaut-a-l-ensemble-de-la-population-francaise_4956340_4355770.html

https://www.ouest-france.fr/monde/migrants/migrants-quatre-graphiques-qui-montrent-l-explosion-des-arrivees-en-europe-5117028

https://www.monde-diplomatique.fr/2017/03/CYRAN/57230

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/09/26/migrants-relocalises-en-europe-quels-pays-ont-tenu-leurs-engagements_5191777_4355770.html

https://www.nouvelobs.com/monde/20150421.OBS7655/l-erythree-ce-bagne-que-fuient-des-milliers-de-gens.html

http://www.france24.com/fr/20171009-allemagne-merkel-accepte-limiter-nombre-refugies-coalition-gouvernement-cdu-csu

https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/tout-euro-tout-eco/europe-le-cout-de-l-immigration-clandestine_1786249.html

https://www.ladepeche.fr/article/2017/06/13/2593016-refugies-procedures-europeennes-contre-varsovie-budapest-et-prague.html

http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2017/10/09/macron-s-engage-a-accueillir-10-000-refugies-d-ici-a-2019_5198565_1654200.html

6 Replies to “Réfugiés : les leçons de vie qu’ils m’ont données”

    1. Merci !

      La réalité l’est malheureusement aussi (cet article est déjà une version moins « trash », je ne raconte pas tout)
      Je vais aller faire un tour sur ton blog et le découvrir à mon tour.

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  1. Malgré toute l’écoute, la générosité et les risques que tu as encourus, cher Mael, je pense néanmoins que cette expérience t’a encore fait grandir même s’il reste un goût amer. L’être humain est tellement complexe que l’on peut aisément se tromper.
    Micheline (Jura)

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